dimanche 8 août 2010

C,D


C,D 

Cadeau: Certains sont faits spécifiquement pour servir de cadeau: on les appelle les Beaux Livres. De grand format et bourrés de belles photos, livres d'art souvent, ce sont ceux qu'on ne se paierait jamais, étant soit trop chers soit trop superficiels sur un sujet intéressant, soit inintéressants a priori (les montres de luxe, Roadsters des années trente, les plus belles pipes du monde, châteaux de Mongolie...) ou improbables (les recettes gourmandes d'Antonin Artaud, les 100 meilleures blagues de Wim Wenders, De Gaulle et l'érotisme...) Bien sûr et comme toujours, on finit quand on en a un dans les mains par y trouver son bonheur, parfois après des années d’indifférence réciproque. Ceci dit j'ai beaucoup de livres d'art dont je n'ai pas encore lu beaucoup du texte..  
Calepin: Sacré Ambrogio (Calepini, celui qui avait pondu un dictionnaire de Latin, au XVII° ?..) mais un calepin n'est plus un livre, ce n'est qu'un carnet de notes, à écrire soi-même. Prononcer « mon p’tit cal’pin ». Encore un truc qui devient électronique. A moins que le Moleskine reste à la mode ? 

Catalogue : Tout catalogue est incomplet, comme de juste ; et en particulier, un catalogue ne parle pas de lui-même, en général, même ceux des bouquinistes. Alors, qu’est-ce que nous avons : Armes et Cycles de Saint-Étienne, la Redoute ou les Galeries Lafayette, des idées reçues, que sais-je… 

Codex: Il y a ceux de médecine ou de pharmacie, mais, vivant au Mexique, je connais plutôt ceux des Mayas, des Aztèques etc., des accordéons d'aubier qu'on lit sans qu'il n'y ait de fin, comme des boustrophédons ou des boucles de Möbius. 

Coins: Eh oui, on le sait bien qu'il ne faut pas plier les coins des pages! et les bibliothécaires nous le rappellent souvent, mais personnellement je n'ai jamais de signet sous la main au bon moment, sauf parfois une vieille enveloppe, ou une carte postale, ou un ticket quand je prenais le métro.
Les livres usés qui ont les pages écornées ont, pour les anglais, des oreilles de chien : dog-eared... Alors, ont-ils des cornes ou des oreilles - de cocker ?? 

Comparaisons: Ils sont comme des lits, comme des maisons, comme des oiseaux, comme des briques, comme des amis, comme des portes, comme des tapis volants.... et quoi encore? 

Consolation: La lecture n'apporte pas tant la consolation à une peine précise, sur le moment, que consolation du monde, du fait de vivre là... 

Coquilles: J'aime tellement les livres, j'ai tellement confiance dans les gens qui les font, que j'ai mis 40 ans à voir qu'ils contenaient tous - ou presque ? - des erreurs et coquilles, sans parler des erreurs de brochage, chapitres répétés et autres inversions. Ce, d’autant plus que j’ai tendance à me fournir là où se trouvent les exemplaires défectueux. Dernier exemple au hasard: « Les Fleurs du Mal » en Livre de Poche, brume enchanteresse au lieu de brune (A une dame créole). Dans « Le Sceptre d’Ottokar », gedarmerie, dans « Belle du seigneur », J’avait… 

Couleurs: Les couleurs officielles sont: blanc, rose (eau de rose), petit et rouge (celui de Mao, qui fut si omniprésent!), d'or. Le livre blanc ou le Livre noir prétendent épuiser le sujet, le Livre vert écolo..... Et il y a aussi les séries (Série noire, blême, rose..) et les collections (Bibliothèque Verte, rouge-et-or); et pour en finir... de toutes les couleurs: Arlequin ! 

Titres au hasard: Le parfum de la dame en noir, le dahlia bleu, le rouge et le noir, le mystère de la chambre jaune, l'escadron blanc, la jument verte, l'éminence grise, la bicyclette bleue, le pull-over mauve, les fleurs bleues, l'herbe rouge, le nain jaune. 

Coupe-papier : Avec les livres non-massicotés, qui sont maintenant un luxe, il faut couper les pages ; ça se fait dans un ordre bizarre, parfois deux ou quatre pages à la fois, le haut ou le côté droit des feuilles.. L’instrument n’est pas toujours disponible : ça peut être une carte de crédit, un coupe-coupe, un canif, un stylo ou même la tranche de la main, avec le résultat médiocre qu’on devine, excusable seulement par la hâte du lecteur   

Couples : Carpentier-Fialip, Mallet-Isaac, Bouvart et Pécuchet, Erkmann (et) Chatrian, Kalila wa Dimna, Boileau (et) Narcejac, Fruttero et Lucentini... Jeanne et Gilles. C’est pour les auteurs plutôt que pour les titres, que les couples produisent, sous leur couverture, en général de nombreux enfants.   

Couverture: J'ai su que c'est Simenon qui a fait publier le premier ses bouquins avec des couvertures glacées, pelliculées. Plus tard un de mes grands plaisirs a été de les peler, comme mes épaules après les premiers coups de soleil de juin.  (au Maroc) 

Creux : « Si un livre et une tête se heurtent, et cela sonne creux, ce n’est certes pas la faute du livre. » Lichtenberg. Creux, certains le sont par la qualité intellectuelle du contenu, bien sûr, mais d’autres au sens propre. On découpe un rectangle dans les pages successives, pour dissimuler un objet. C’est un de ces moments bizarre où le livre change de contenu : les mots, l’imprimé, tout ça n’a plus de sens, le nouveau contenu se trouve dans l’espace physique du livre, pour la première fois, ce volume est un volume. Que de livres évidés dans l’histoire ! Contenant de tout, mais en général clandestin : drogue, armes, outils d’évasion, livre interdit (pourquoi pas ?) et que sais-je… Tiens, par exemple, dans Tintin, les gros volumes d’astronomie qu’emporte le capitaine Haddock dans la fusée lunaire : son whisky ! 

Cuisses: Je raconte ailleurs combien l'ouverture d'un livre peut rappeler (pour un modeste obsédé comme moi) celle d'une paire de jambes: d'autre part, dans d'autres cas le livre finira souvent ouvert et posé sur nos cuisses, précisément, où nous le lisons en inclinant profondément la tête comme des repentis, en position -involontaire- d'humilité. On s'incline au dessus du texte comme les bourgeois de Calais devant le chef anglais. Mais nous, on incline le chef ! Vue d’une autre façon, cette attitude rappelle aussi celle d’un joueur de milonga, avec son bandonéon, nuque pliée, avec ce mille-feuilles à mille boutons qu’il ouvre et ferme : quel tango ! Qu’il choisisse enfin une page et qu’on n’en parle plus !  


De: on dit livre de poche, livre de chevet, livre de bord, livre de classe et même le livre du maître et ils se trouvent effectivement dans la poche sur la table de chevet, à bord du navire, dans la classe.. Livre de comptes: mais là, les comptes sont dedans.

Déchirer: On peut lorsqu'il est juste collé (pas broché) le détruire en le déchirant en deux, dans le sens de la largeur- s'il n'a pas trop de pages- c'est une démonstration de lutteur de foire, un peu comme le bras-de-fer ou la destruction d'un jeu de cartes, mais le plus intéressant c'est le cas de ce compagnon de randonnée qui arrachait les pages au fur et à mesure qu'il lisait... il s'allégeait de plus en plus, un vrai feuilleton, et on pouvait peut-être suivre sa trace comme celle d'un petit poucet, dont les cailloux blancs auraient été des pages... Il y a aussi l'anecdote de la naissance en France du Livre de Poche: l'auteur aurait vu un soldat U.S. (donc un G.I.) déchirer un livre, cette fois dans le sens de la reliure, pour ranger les deux moitiés dans les poches de sa parka.. 

Dédicace: Combien de fois ai-je trouvé au marché au puces (celui de la Porte de Montreuil, mon principal fournisseur) un livre dédicacé avec grande chaleur par l’auteur. D’où quelques interrogations sur la sincérité du donneur, l'hypocrisie du destinataire ou les circonstances de la vie (décès, héritage, colère, dispute, cambriolage) qui ont pu provoquer cette séparation... En réalité, je l’expliquerais par le nombre considérable de livres dédicacés qui s’accumulent un temps chez les professionnels de l’édition (Critiques, journalistes, etc.). Il y a les dédicaces manuscrites et celles qui sont partie du livre et adressées par l’auteur à quelqu’un, vivant ou non. « A toi, qui me tiens dans tes mains » n’est pas mal. La meilleure est de Rimbaud : « A moi, l’histoire d’une de mes folies. »  

Détruire: Je les ai vus - au cinéma- brûlés par les nazis, ils sont encore pilonnés, passés à l'infamant bleu de méthylène, la première de couverture arrachée, ne pouvant en aucun cas faire partie d'un portefeuille de lecture, en tas de quelques milliers explosant dans le ciel pour annoncer une série bon marché, j'en ai vu jetés à l'eau ou à la poubelle ; je sais aussi qu’il y a un détective célèbre (Pepe Carvalho) qui en détruit un de temps en temps, des bons livres, par le feu. Certains ont un jour servi, ou serviront, de papier-cul. Et justement, j’ai vu une fois mon oncle, qui avait pourtant beaucoup donné pour la liberté, j’ai vu cet oncle faire le geste de se torcher avec le livre d’Artaud que j’étais en train de lire ; il en savait juste assez, qu’Artaud était « anti-communiste ». Qui du Feu ou de l'eau est leur pire ennemi ? Car le feu est capable de dévorer les pages l'une après l'autre comme un lecteur méthodique et fatal. Mais un livre fermé brûle mal, le feu est un mauvais lecteur : il commence par les bords ! Voilà pourquoi il faut du pétrole pour un bon autodafé, ou, bien sûr, une certaine température, fahrenheit 451. Mais alors, quand surgit l'eau, les pages se froissent ou se collent, le papier se déchire comme un rien, au séchage les bords des feuilles se gondolent, puis les marques d'humidité divisent les pages en deux comme la Loire la France de la météo... le meilleur autodafé serait donc d'arroser les piles de livres, mais c'est moins spectaculaire surtout la nuit. Le pire est finalement l'incendie suivi d'un bon arrosage par les pompiers ... et c'est bien ce qu'on voit sur cette photo de bibliothèque en ruine prise à Londres pendant le blitz, avec quelques messieurs très dignes en train de manipuler avec une circonspection un peu mélancolique des volumes récupérés dans les décombres encore fumantes. Celui-là tient ce pauvre rescapé par le coin de la couverture comme un oiseau blessé ou mazouté par le bout de l'aile...
Je viens de trouver sur un trottoir du Mexique, un livre en français, qui est un catalogues de livres rescapés (depuis un évangile de Saint Jean, jusqu’au samizdat, en passant par les autodafés de l’inquisition, et des Fleurs du Mal sauvées du pilon) ; mais il ne parle pas de son propre cas ! D’ailleurs c’est une des différences d’avec les hommes, un livre parle difficilement de lui-même. 

Diagonale : façon de lire, rapide… ça m’arrive. Au départ, on ne lit pas vraiment en diagonale, on lit en Z, une succession de Z, ZZZZZZZ comme le symbole du sommeil. 

Dictionnaire: Vraies galeries de mines, si les mines avaient des diamants à chaque couloir. J'oublie presque instantanément le mot que je cherchais, et les découvertes s'enchaînent.

- Moi, ch'apprends le Français en lisant le diktionnaire, ein petit peu tous les jours en apprenant par cœur! 
- Et vous n'avez pas peur de tout mélanger, les mots? 
- Nein, nein ! j'ai tout là, (geste, vers le crâne) bien rangé dans mon cul !

Ils s'aiment à tous vents: Monsieur Littré, cocu mais spirituel. (Non, madame, vous êtes surprise; je suis étonné !) Lui il ne pouvait pas encore coucher avec La Rousse?.. La littréture, j'adore. Le petit Robert, encore un nom prédestiné (son destin bien-sûr est d'être en deux volumes). Quant au Grévisse, il s'explique lui-même, ce n'est qu'un subjonctif imparfait (il fallait que je grévisse!).  

Digital: un livre numérique, c'est-à-dire électronique et binaire, c'est un livre digital (comme disent les anglo-saxons et leurs colonisés) ça veut peut-être dire qu'on le lit avec les doigts. Donc tous les livres sont digitaux, comme tous les pianos.  
    Doigt: C'est comme mes lunettes: difficile de lire sans, et comme les mauvais pianistes, certains lisent avec deux doigts, en pinçant chaque coin de page entre l’index et le pouce, mais attention: se souvenir de l'assassinat commis dans « Le Nom de la Rose », où le pauvre moine meurt empoisonné d'avoir humidifié son doigt page après page ... voir index. C'est une histoire qu'on trouve déjà dans Alexandre Dumas, peut-être dans la Reine Margot, un truc éminemment Borgiesque... ou plutôt Borgiaque ?

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