dimanche 8 août 2010

Introduction

Moi, c'est pas pour me vanter, mais j'aime les livres... Alors voilà mon encyclopédie personnelle, avec deux caractéristiques:
1-sans recherche érudite sur l'histoire de cet objet (y'en a d'autres qui ont fait ça magnifiquement, Manguel par exemple).
2- sans l'aspect "je me souviens" (Perec) consistant à partager -ou non- les nostalgies de nos histoires avec les livres.
Quelque chose dans l'entre-deux, personnel mais pas forcément ennuyeux pour les autres.




Commençons par A 

Acheter: J'adore en acheter. Neufs, en solde ou d'occasion, le plus souvent aux puces. Ça s'achète comme un melon, on le palpe, le respire, l'époussette et il faut en essayer douze pour en trouver un bon. Mais les meilleurs, ceux que je savourais le mieux, étaient ceux que j'achetais neufs, de l'année ou non, avec le bon d'achat annuel de mon patron (la Mairie) ! cette impression de ne pas perdre d'argent, de pouvoir s'offrir une petite folie, parce que c'était un chèque-livre, un fond déjà bloqué chez le libraire ou au BHV. Plus rarement: recevoir un colis, et l’on adore couper les ficelles, décoller l'adhésif, déchirer le carton... 

Alphabet. Bien pratique, bien plus, indispensable pour classer, retrouver. Les lettres, les caractères c'est génial, mais c’est l'ordre alphabétique qui a peut-être joué un rôle définitif dans la culture humaine. Sans lui, (ou bien sans moteur de recherche ?) impossible de consulter un dictionnaire! Pire: pas de dictionnaire possible ni d'encyclopédie... Ce détail apparemment mineur mais en réalité impératif est gravé profondément dans notre mémoire (et comment ça se passe en Chinois ?). 

Ami: On le lui prête, on le lui emprunte, on le lui conseille, souvent en vain, on lui offre ou il nous offre un livre. Et il y a toujours de la jalousie dans l'air; (T'as pas lu çà? Tu devrais!). Les amis de mes amis ne sont pas mes amis, pas forcement, et il en est de même pour les livres. Mais alors, puisqu'on dit que le livre est un ami... 

Arme. C'est une arme dans la vie, oui, bon, d'accord, c'est aussi une arme dans les polémiques, ça se brandit comme la Bible où le défunt petit livre rouge de Mao, mais je parle ici d'un véritable usage matériel, offensif (contondant, cf. Usage) ou défensif: comme bouclier par exemple: combien d'histoires où le livre arrête une balle qui allait droit au cœur! Pour certain jeune poète romantique, la balle n’a pas été stoppée, et ses amis –dont V.Hugo- ont publié son recueil en respectant le trou laissé dans le manuscrit ! Ou bien encore pour bloquer l'attaque d'un vampire qu'on force alors à y planter ses canines (Bal des Vampires); arme défensive, donc, mais il y a aussi l'usage offensif comme par exemple quand l'annuaire téléphonique sert à taper sur la tête d'un suspect (cela ne laisse pas de traces!)

Ateliers de lecture : ceux de Lirio, ceux de JP etc. Promotion de la lecture, au départ les assistants ne lisent pas, ils écoutent 


Babel: Après Borges, on aurait tous envie de visiter cette bibliothèque. Oui, peut-être qu'elle s'appelle maintenant Internet. Celle d'Alexandrie n'était pas mal non plus, dit-on, avant l'incendie (penser que Cléopâtre, distraite par l’amour, avait peut-être oublié de rendre quelques volumes –rouleaux, dans son cas- , romans d'amour, traités de géopolitique, qui furent donc sauvés). La vraie tour de Babel, la babeliothèque, c'est cette pile de livre qui monte jusqu'au ciel: impossible, combien de colonnes de cette espèce nous sont-elles tombées sur les doigts de pied depuis l'époque de notre chambre d'enfant ! et babiliothèque pour les bébés... 

Bibelot: cf. restauration  

Bible: Un gros livre composé de livres. Longtemps, étant athée, quoique étant tenté, je me suis tant tâté que n'ai pas voulu l'acheter. Le premier missionnaire qui passe me l'offrira, pensais-je! Comme à la maison, quand j'étais petit ("En souhaitant que ce livre vous soit un guide..."). Eh bien non, j'ai fini par être obligé de me l'offrir (dans la collection… Bouquins, bien sûr.) 
J'ai écrit un jour un article - pour le Jour International du Livre- qui le vantait, sans le nommer, comme un parfait thriller (crimes, sexe, intrigues etc..) ; pas très original, je sais. 

Bibliothécaire: C'est un être farouche dont la principale mission semble être d'empêcher par tous les moyens que le livre quitte son rayon, soit ouvert, ou pire encore, lu. Il rêve d’heures d’ouverture réduites au minimum, de cartes de lecteur impossibles à obtenir, de reliures en papier de verre, ou mieux, en peau d’oursins. 

Bibliothèque: Il m'arrive, et ce n'est pas par anglophilie, de dire librairie pour bibliothèque, et inversement... D’abord, parce que je ne suis pas fort pour les bibliothèques, et puis parce que dans ce domaine je suis un Don Juan: tous les livres sont, seront ou devraient être à moi, ce qui n'empêcherait pas qu'ils soient possédés par d'autres, avant ou après... (plutôt après, à cause de ceux qui écrivent dessus et qui soulignent). Montaigne parle très bien -of course- de la sienne (de bibliothèque). Je pense aussi aux involontaires bibliothèques itinérantes; non, pas les bibliobus: les voitures de métro, les wagons, les avions, les voitures familiales en vacances; autant de bibliothèques provisoires dont il serait curieux de répertorier le catalogue plus ou moins aléatoire. Ma voisine antillaise absorbée dans son Nouveau Testament, ce monsieur sérieux avec le dernier Berberova, ces avions pleins de Stephen King ou John Grisham, et de livres de self-improvement. etc..
  • Dialogue:
    -J'ai trop de bouquins chez moi, plus de place...
    -Tu les as tous lus ? 
    -Plus ou moins, oui.
  • Alors, pourquoi tu les gardes ? 

    Bottin : mondain ou pas ? qui était M.Bottin, et lui-même, est-il dans son livre ? 

    Bouquin: Est-ce que ça vient vraiment de bouc? A cause de la peau de chèvre? Je croyais, mais cela parait douteux, dommage, ça aurait aussi donné book. 
    En tout cas à Paris et quelques autres lieux, on doit absolument poser la question de cette façon : - Alors, ton bouquin, ça avance? - Tout le monde a, ou doit avoir, un bouquin en gestation.
Ne pas confondre avec le cornet à bouquin, sorte de corne de bouc servant de trompette très douce dans la musique ancienne; ce serait pourtant un joli nom pour une librairie. Une librairie musicale, bien sûr. 

Bouquinistes : oui, ils méritent un article.... ca viendra.

Bras : Point commun avec le livre : il y a un index au bout. Par contre, dans une rame, il y a vingt mains. Etrange, non ? preuve que l’édition serait donc bien une sorte de galère. En espagnol, galera désigne les épreuves transmises à l'auteur par l'imprimeur.

C,D


C,D 

Cadeau: Certains sont faits spécifiquement pour servir de cadeau: on les appelle les Beaux Livres. De grand format et bourrés de belles photos, livres d'art souvent, ce sont ceux qu'on ne se paierait jamais, étant soit trop chers soit trop superficiels sur un sujet intéressant, soit inintéressants a priori (les montres de luxe, Roadsters des années trente, les plus belles pipes du monde, châteaux de Mongolie...) ou improbables (les recettes gourmandes d'Antonin Artaud, les 100 meilleures blagues de Wim Wenders, De Gaulle et l'érotisme...) Bien sûr et comme toujours, on finit quand on en a un dans les mains par y trouver son bonheur, parfois après des années d’indifférence réciproque. Ceci dit j'ai beaucoup de livres d'art dont je n'ai pas encore lu beaucoup du texte..  
Calepin: Sacré Ambrogio (Calepini, celui qui avait pondu un dictionnaire de Latin, au XVII° ?..) mais un calepin n'est plus un livre, ce n'est qu'un carnet de notes, à écrire soi-même. Prononcer « mon p’tit cal’pin ». Encore un truc qui devient électronique. A moins que le Moleskine reste à la mode ? 

Catalogue : Tout catalogue est incomplet, comme de juste ; et en particulier, un catalogue ne parle pas de lui-même, en général, même ceux des bouquinistes. Alors, qu’est-ce que nous avons : Armes et Cycles de Saint-Étienne, la Redoute ou les Galeries Lafayette, des idées reçues, que sais-je… 

Codex: Il y a ceux de médecine ou de pharmacie, mais, vivant au Mexique, je connais plutôt ceux des Mayas, des Aztèques etc., des accordéons d'aubier qu'on lit sans qu'il n'y ait de fin, comme des boustrophédons ou des boucles de Möbius. 

Coins: Eh oui, on le sait bien qu'il ne faut pas plier les coins des pages! et les bibliothécaires nous le rappellent souvent, mais personnellement je n'ai jamais de signet sous la main au bon moment, sauf parfois une vieille enveloppe, ou une carte postale, ou un ticket quand je prenais le métro.
Les livres usés qui ont les pages écornées ont, pour les anglais, des oreilles de chien : dog-eared... Alors, ont-ils des cornes ou des oreilles - de cocker ?? 

Comparaisons: Ils sont comme des lits, comme des maisons, comme des oiseaux, comme des briques, comme des amis, comme des portes, comme des tapis volants.... et quoi encore? 

Consolation: La lecture n'apporte pas tant la consolation à une peine précise, sur le moment, que consolation du monde, du fait de vivre là... 

Coquilles: J'aime tellement les livres, j'ai tellement confiance dans les gens qui les font, que j'ai mis 40 ans à voir qu'ils contenaient tous - ou presque ? - des erreurs et coquilles, sans parler des erreurs de brochage, chapitres répétés et autres inversions. Ce, d’autant plus que j’ai tendance à me fournir là où se trouvent les exemplaires défectueux. Dernier exemple au hasard: « Les Fleurs du Mal » en Livre de Poche, brume enchanteresse au lieu de brune (A une dame créole). Dans « Le Sceptre d’Ottokar », gedarmerie, dans « Belle du seigneur », J’avait… 

Couleurs: Les couleurs officielles sont: blanc, rose (eau de rose), petit et rouge (celui de Mao, qui fut si omniprésent!), d'or. Le livre blanc ou le Livre noir prétendent épuiser le sujet, le Livre vert écolo..... Et il y a aussi les séries (Série noire, blême, rose..) et les collections (Bibliothèque Verte, rouge-et-or); et pour en finir... de toutes les couleurs: Arlequin ! 

Titres au hasard: Le parfum de la dame en noir, le dahlia bleu, le rouge et le noir, le mystère de la chambre jaune, l'escadron blanc, la jument verte, l'éminence grise, la bicyclette bleue, le pull-over mauve, les fleurs bleues, l'herbe rouge, le nain jaune. 

Coupe-papier : Avec les livres non-massicotés, qui sont maintenant un luxe, il faut couper les pages ; ça se fait dans un ordre bizarre, parfois deux ou quatre pages à la fois, le haut ou le côté droit des feuilles.. L’instrument n’est pas toujours disponible : ça peut être une carte de crédit, un coupe-coupe, un canif, un stylo ou même la tranche de la main, avec le résultat médiocre qu’on devine, excusable seulement par la hâte du lecteur   

Couples : Carpentier-Fialip, Mallet-Isaac, Bouvart et Pécuchet, Erkmann (et) Chatrian, Kalila wa Dimna, Boileau (et) Narcejac, Fruttero et Lucentini... Jeanne et Gilles. C’est pour les auteurs plutôt que pour les titres, que les couples produisent, sous leur couverture, en général de nombreux enfants.   

Couverture: J'ai su que c'est Simenon qui a fait publier le premier ses bouquins avec des couvertures glacées, pelliculées. Plus tard un de mes grands plaisirs a été de les peler, comme mes épaules après les premiers coups de soleil de juin.  (au Maroc) 

Creux : « Si un livre et une tête se heurtent, et cela sonne creux, ce n’est certes pas la faute du livre. » Lichtenberg. Creux, certains le sont par la qualité intellectuelle du contenu, bien sûr, mais d’autres au sens propre. On découpe un rectangle dans les pages successives, pour dissimuler un objet. C’est un de ces moments bizarre où le livre change de contenu : les mots, l’imprimé, tout ça n’a plus de sens, le nouveau contenu se trouve dans l’espace physique du livre, pour la première fois, ce volume est un volume. Que de livres évidés dans l’histoire ! Contenant de tout, mais en général clandestin : drogue, armes, outils d’évasion, livre interdit (pourquoi pas ?) et que sais-je… Tiens, par exemple, dans Tintin, les gros volumes d’astronomie qu’emporte le capitaine Haddock dans la fusée lunaire : son whisky ! 

Cuisses: Je raconte ailleurs combien l'ouverture d'un livre peut rappeler (pour un modeste obsédé comme moi) celle d'une paire de jambes: d'autre part, dans d'autres cas le livre finira souvent ouvert et posé sur nos cuisses, précisément, où nous le lisons en inclinant profondément la tête comme des repentis, en position -involontaire- d'humilité. On s'incline au dessus du texte comme les bourgeois de Calais devant le chef anglais. Mais nous, on incline le chef ! Vue d’une autre façon, cette attitude rappelle aussi celle d’un joueur de milonga, avec son bandonéon, nuque pliée, avec ce mille-feuilles à mille boutons qu’il ouvre et ferme : quel tango ! Qu’il choisisse enfin une page et qu’on n’en parle plus !  


De: on dit livre de poche, livre de chevet, livre de bord, livre de classe et même le livre du maître et ils se trouvent effectivement dans la poche sur la table de chevet, à bord du navire, dans la classe.. Livre de comptes: mais là, les comptes sont dedans.

Déchirer: On peut lorsqu'il est juste collé (pas broché) le détruire en le déchirant en deux, dans le sens de la largeur- s'il n'a pas trop de pages- c'est une démonstration de lutteur de foire, un peu comme le bras-de-fer ou la destruction d'un jeu de cartes, mais le plus intéressant c'est le cas de ce compagnon de randonnée qui arrachait les pages au fur et à mesure qu'il lisait... il s'allégeait de plus en plus, un vrai feuilleton, et on pouvait peut-être suivre sa trace comme celle d'un petit poucet, dont les cailloux blancs auraient été des pages... Il y a aussi l'anecdote de la naissance en France du Livre de Poche: l'auteur aurait vu un soldat U.S. (donc un G.I.) déchirer un livre, cette fois dans le sens de la reliure, pour ranger les deux moitiés dans les poches de sa parka.. 

Dédicace: Combien de fois ai-je trouvé au marché au puces (celui de la Porte de Montreuil, mon principal fournisseur) un livre dédicacé avec grande chaleur par l’auteur. D’où quelques interrogations sur la sincérité du donneur, l'hypocrisie du destinataire ou les circonstances de la vie (décès, héritage, colère, dispute, cambriolage) qui ont pu provoquer cette séparation... En réalité, je l’expliquerais par le nombre considérable de livres dédicacés qui s’accumulent un temps chez les professionnels de l’édition (Critiques, journalistes, etc.). Il y a les dédicaces manuscrites et celles qui sont partie du livre et adressées par l’auteur à quelqu’un, vivant ou non. « A toi, qui me tiens dans tes mains » n’est pas mal. La meilleure est de Rimbaud : « A moi, l’histoire d’une de mes folies. »  

Détruire: Je les ai vus - au cinéma- brûlés par les nazis, ils sont encore pilonnés, passés à l'infamant bleu de méthylène, la première de couverture arrachée, ne pouvant en aucun cas faire partie d'un portefeuille de lecture, en tas de quelques milliers explosant dans le ciel pour annoncer une série bon marché, j'en ai vu jetés à l'eau ou à la poubelle ; je sais aussi qu’il y a un détective célèbre (Pepe Carvalho) qui en détruit un de temps en temps, des bons livres, par le feu. Certains ont un jour servi, ou serviront, de papier-cul. Et justement, j’ai vu une fois mon oncle, qui avait pourtant beaucoup donné pour la liberté, j’ai vu cet oncle faire le geste de se torcher avec le livre d’Artaud que j’étais en train de lire ; il en savait juste assez, qu’Artaud était « anti-communiste ». Qui du Feu ou de l'eau est leur pire ennemi ? Car le feu est capable de dévorer les pages l'une après l'autre comme un lecteur méthodique et fatal. Mais un livre fermé brûle mal, le feu est un mauvais lecteur : il commence par les bords ! Voilà pourquoi il faut du pétrole pour un bon autodafé, ou, bien sûr, une certaine température, fahrenheit 451. Mais alors, quand surgit l'eau, les pages se froissent ou se collent, le papier se déchire comme un rien, au séchage les bords des feuilles se gondolent, puis les marques d'humidité divisent les pages en deux comme la Loire la France de la météo... le meilleur autodafé serait donc d'arroser les piles de livres, mais c'est moins spectaculaire surtout la nuit. Le pire est finalement l'incendie suivi d'un bon arrosage par les pompiers ... et c'est bien ce qu'on voit sur cette photo de bibliothèque en ruine prise à Londres pendant le blitz, avec quelques messieurs très dignes en train de manipuler avec une circonspection un peu mélancolique des volumes récupérés dans les décombres encore fumantes. Celui-là tient ce pauvre rescapé par le coin de la couverture comme un oiseau blessé ou mazouté par le bout de l'aile...
Je viens de trouver sur un trottoir du Mexique, un livre en français, qui est un catalogues de livres rescapés (depuis un évangile de Saint Jean, jusqu’au samizdat, en passant par les autodafés de l’inquisition, et des Fleurs du Mal sauvées du pilon) ; mais il ne parle pas de son propre cas ! D’ailleurs c’est une des différences d’avec les hommes, un livre parle difficilement de lui-même. 

Diagonale : façon de lire, rapide… ça m’arrive. Au départ, on ne lit pas vraiment en diagonale, on lit en Z, une succession de Z, ZZZZZZZ comme le symbole du sommeil. 

Dictionnaire: Vraies galeries de mines, si les mines avaient des diamants à chaque couloir. J'oublie presque instantanément le mot que je cherchais, et les découvertes s'enchaînent.

- Moi, ch'apprends le Français en lisant le diktionnaire, ein petit peu tous les jours en apprenant par cœur! 
- Et vous n'avez pas peur de tout mélanger, les mots? 
- Nein, nein ! j'ai tout là, (geste, vers le crâne) bien rangé dans mon cul !

Ils s'aiment à tous vents: Monsieur Littré, cocu mais spirituel. (Non, madame, vous êtes surprise; je suis étonné !) Lui il ne pouvait pas encore coucher avec La Rousse?.. La littréture, j'adore. Le petit Robert, encore un nom prédestiné (son destin bien-sûr est d'être en deux volumes). Quant au Grévisse, il s'explique lui-même, ce n'est qu'un subjonctif imparfait (il fallait que je grévisse!).  

Digital: un livre numérique, c'est-à-dire électronique et binaire, c'est un livre digital (comme disent les anglo-saxons et leurs colonisés) ça veut peut-être dire qu'on le lit avec les doigts. Donc tous les livres sont digitaux, comme tous les pianos.  
    Doigt: C'est comme mes lunettes: difficile de lire sans, et comme les mauvais pianistes, certains lisent avec deux doigts, en pinçant chaque coin de page entre l’index et le pouce, mais attention: se souvenir de l'assassinat commis dans « Le Nom de la Rose », où le pauvre moine meurt empoisonné d'avoir humidifié son doigt page après page ... voir index. C'est une histoire qu'on trouve déjà dans Alexandre Dumas, peut-être dans la Reine Margot, un truc éminemment Borgiesque... ou plutôt Borgiaque ?

    E,F

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    1. Editions: Broché, cartonné, hard cover ou paperback, minuscule ou surdimensionné, la Pléiade ou Large Vision. Pirate et même électronique : en-ligne, e-livre..

      2. Encyclopédie: Alfredito, candidement impressionné:
    - C'est une vraie encyclopédie qu'il a dans la tête!
    - mais non, proteste-je en bougeant la mienne à droite et à gauche ???
    - Regarde-le, voilà qu'il tourne les pages  !

     3. Epaves:


    4. Epigraphe : En épigraphe, quelques mots en grec ou en latin, c’est bien vu ; ou alors un ou deux vers d’un auteur inconnu et mystérieux. 
    Exemple dans « Zazie » de Queneau : en grec, d'Aristote, "Celui qui l'avait fait l'a fait diparaître" dit-on...
    1. Erratum : Une coquille malencontreuse a rendu compréhensible l'article de notre collaborateur: à la ligne 11, à la place de « c’est pas très clair » il fallait bien sûr lire "...la conceptualisation de l'objet désirant comme l'objectivation délirante de transfert suscite le métalangage....". Nos lecteurs auront rectifié d'eux-mêmes
    2. Essai: J'avais dessiné sur mon petit recueil scolaire des Essais de Montaigne une magnifique image de lui (L'auteur) sous les traits d'un fameux joueur de rugby, ballon ovale en main. C'est vrai qu'il fut maire de Bordeaux. 

      6. Etagère : Théoriquement horizontale, une véritable étagère, chez moi, finit en général par être courbée comme un arc, sous le poids des bouquins. Le problème, c’est aussi celui des livres qui en petites colonnes de 7 ou 8 servent de support pour une étagère : il se retrouvent ainsi coincés, parfois pour longtemps et indisponibles… sacrifiés pour la présentation des autres, leurs voisins.
      7. Exclus: Il y en a qui finissent expulsés de ma bibliothèque; ça me gênerait qu'ils continuent à côtoyer mes autres livres, ils pourraient avoir une mauvaise influence. Alors, je les vire (je les donne, ou les laisse dans un endroit visible pour qui voudra.) Détruire? Jamais. Sauf peut-être Mein Kampf et autres Protocoles des Sages de Sion... 

      Ex-libris: C'est assez classe. Une vignette à coller ou un tampon. Je n'en ai jamais eu (mais j'ai souvent écrit la date et le lieu de l'acquisition). On est supposé y présenter une pensée profonde et un symbole, profond aussi. Je me souviens de celui de Simenon (Comprendre, ne pas juger.). J’ai aussi vu celui d’Hitler, grand lecteur –bah !- Mais ce n'est finalement rien d'autre qu'une étiquette de propriétaire, un avertissement assez bas et matérialiste (T'as intérêt à me le rendre, mon bouquin!) 

      Fahrenheit : 451 (voir détruire) 
    3. Feuilleter: Ça se fait aussi avec le pouce, quand on n'a pas l'intention de commencer à lire, comme pour une liasse de billets de banque... impossible s'il n'y avait pas le massicot, qui crée la véritable tranche. Possible: confectionner un petit dessin animé au coin des pages, parfois un peu porno (à l'école!). Un flip-book.
      Et dans les éditions électroniques, on se croit obligé d'introduire un effet visuel et/ou sonore pour représenter la page qui tourne, comme pour s'excuser, ou pour représenter la nostalgie du papier.... De la même façon en musique les synthétiseurs qui se bornent à imiter les vieux instruments...

      Format: Il y en a de nombreux, il y en a eu en forme de rouleau, de table, d'accordéon, etc.. aujourd'hui principalement rectangles et carrés, mais en général le rectangle est plus haut que large. Le rectangle est une fatalité due au sens -installé maintenant- de la lecture en occident : on termine la ligne horizontale à droite et on repart de façon fulgurante et en oblique vers la gauche, début de la ligne suivante. Cela, c’est ce que les écrans vidéo ne font que continuer…

    4. Ici, hommage à la collection qui portait le nom de son format : dix-dix-huit !
    Ma fille a eu un joli petit livre de tissu, carré, avec une page ou plusieurs percées de larges trous circulaires qui permettaient de passer (vraiment, cette fois) de l'une à l'autre... C'est un peu un cliché, cette manie de faire un gros trou rond au centre des pages, il y en a eu des collections...
    Enfin, un en triangle, par Topor, qui détourne des photos pornos du fameux triangle de Vénus, c’est « Cons de fées »…
    L'autre question du format, c'est l'épaisseur; il y en a qui sont, vu le nombre de pages, plus épais que larges, difficiles à manipuler et à conserver... livres de droit, guides, dictionnaires, en général, ils portent plutôt le nom de l'auteur, on ne les appelle pas par leur titre: le Gaffiot, le Robert, le Quillet, le Gombricht etc.. XXXX

    samedi 7 août 2010

    G,H

    Genre: fiction/nonfiction, disent –et écrivent- les américains (ou les anglo-saxons), j’ai même trouvé creative non-fiction ; nous, en France, on a un peu de mal à s'y retrouver de façon si péremptoire et je préfère ça. Bio sous forme de roman, roman historiques, mélanges: c'est un plaisir très - trop ?- répandu d'écrire en titre "Moi, Alexandre le grand" et pourquoi pas "Moi, Dieu" ?... Puisqu’il y en a partout, mensonge, fiction.. Sf, fantastique, policier...
    Aux dernières nouvelles il y a maintenant l'auto-fiction (pff!..).

    Genres: curieuses différences selon le genre : un livre/une livre, un page/une page, un somme/une somme. L’œuvre complet/une œuvre, ça c’est plus stable.

    Grève: Quand il y avait grève des journaux, l'annonce était en général d'un arrêt de travail du "Livre-CGT" c'est-à-dire de la Fédération du Livre-CGT. Arrêt de travail du livre! ça m'a toujours fait peur...

    Guerre. Grand matériel de livres, oui. Guère épais.
    Je pense aussi à cet écrivain.. « Juste au moment où allait sortir mon livre, guerre mondiale ! Quelle malchance que la mienne, non ?…me faire ça à moi… »

    Héros: le livre dont vous êtes le héros, quelle connerie: je suis le héros et même un peu l'auteur de tous les livres que je lis!

    Histoire: chez ce grand écrivain et historien mexicain (adepte de la micro-histoire, paradoxalement) le noyau de sa bibliothèque - qui n'est plus vraiment privée, vu ses dimensions elle deviendra certainement fondation- est constitué par un petit meuble-vitrine offert il y a presque un siècle par son père, paysan, le meuble étant rempli aujourd’hui seulement par les livres dont il est l'auteur, avec leurs multiples traductions..

    Hitchcock (ou Mystère ou Détective) Magazine: acheté tous les dimanche soir à la gare; au guichet on pouvait lire la destination "Casablanca et au-delà" (ce qui fait qu'on –spirituels- demandait à l'employé, pour le faire enrager, des billets pour l'au-delà), lu pendant le voyage d'une heure.. mystère, mystères, illustrations et humour noir.
    Il y a aussi la série des anthologies sous son nom: Histoires à ne pas lire la nuit, Histoires à faire peur, histoire à lire à votre belle-mère...

    Hommes : hommes-livres dans fahrenheit 451. On peut imaginer des éditions bon marché, avec des types qui ne paient pas de mine, éventuellement tatoués- l’homme illustré ! des pages qui manquent (trou de mémoire !), des livres qui s’attardent, qu’on adopte et qu’on ne rend pas, des livres féminins et des masculins, des livres qui s’aiment et ne se séparent plus, des livres en deux ou plusieurs tomes (il était un petit tome)...

    I,J

    Illustration : Un bien beau livre, celui que nous avions de Rudyard Kipling, illustré par lui-même : « Histoires comme ça » (Just so stories), en particulier celle du chat-qui-va-tout-seul ; couverture verte et noire en ronde-bosse, illustrations à l’encre noire et rouge… 

    Illuminations : celles de Rimbaud bien sur, avec un jeu de mot, un double sens ou un doute aussi efficace que celui de Modiano dans La Place de l’Etoile..

    Incipit: Le roman que j'ai toujours voulu écrire commence par ces mots: " Le roman que j'ai toujours voulu écrire commence par ces mots: "Le roman que...etc.

    Et comment finissent-ils? Les derniers mots? En voilà un au hasard: Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne et nous, tout qu'il emmenait, la Seine aussi, tout, qu'on n'en parle plus 

    Index: l'église catholique y met toujours les livres, je crois. (mais non! C'est fini depuis 1948!) C'est une bonne liste de best-sellers philosophiques, théologiques, politiques et érotiques. Sinon, il y en a en général un (d'index) à la fin du livre. Voir doigt.

    Jeter : Pour jeter un livre, on doit le tenir d’abord entre deux doigts, pouce et index, et donner un mouvement, plein de mépris, du poignet : le livre pincé entre nos doigts part de cette façon : d’abord près de notre poitrine –du coeur- il suit le fouetté du poignet et un peu de l’avant-bras pour voler en tournoyant, dans un froissement de pages, en une courte parabole. Il s’ouvre dans l’air et agite avec impuissance ses trop courtes ailes, des pages pouvant se détacher comme des plumes. On dirait une poule chassée par un chien. Suivant le degré de notre rejet, il finira sur la table, sur le sol ou par la fenêtre. C’est rare, quand même. 

    Jazz: les amateurs connaissent ces recueils de standards avec leurs accords chiffrés ( Bm7) dont le plus fameux s'appelle le Real Book ou plutôt le reel book; un autre vu récemment se nomme ironiquement The Fake book... Dans la même série il y a les Songbooks, titre de disques aussi (Ella Fitzgerald, the Gershwin songbook).

    K,L,

    K,L
    2.Kafka: J'ai obligé un flic à lire Kafka: Nicaragua vers la fin du règne de Somoza le dictateur, au passage de la frontière, le flic de service qui fouillait mon sac à dos, intrigué par le titre d'une nouvelle du recueil (en espagnol " Descripción de una lucha") s'est mis à le lire pour en savoir plus; vu l'atmosphère quelque peu hostile qui régnait, je ne lui ai pas demandé ce qu'il en pensait. Mais il semble avoir trouvé ça pas très marxiste puisqu'il m'avait laissé passer.

    3.Lecteur: c'est rassurant, c'est mathématique: malgré tout ce qu'on peut dire et le scepticisme des auteurs, le nombre de lecteurs sera toujours supérieur - de peu, parfois, certes - au nombre des écrivains!

    4.Lecture : Je lis parfois le bouquin d’un seul trait, soit parce qu’il est passionnant, soit parce qu’il n’est pas assez bon ; j’ai quand même envie de le finir, mais si je le laissais un seul instant, je n’aurais plus l’envie –ou le courage- de continuer. Il y en a –réputés bon, voire géniaux- que j’ai repris tant de fois et jamais finis (je me dis que leur heure viendra, mais il est vrai que la vie est courte !) : l’Ulysse de Joyce, Paradiso de J.Lezama Lima, par exemple.

    5.Lettre: plaisir indiscret mais raffiné que de trouver une lettre dans un livre; soit une lettre sienne ou d’un proche, d'un époque lointaine, donc véritablement lettre d'un autre, ou d'un autre soi-même, soit une lettre d’inconnus, encore plus appétissante. Tickets de métro, billet de train, facture... Il y a aussi les romans épistolaires (le chef-d’œuvre serait Les Liaisons Dangereuses, non ?) et les recueils de correspondance, genre « Paul Machin et Marcel Blochitz, une amitié littéraire », tome 3, 1922-1947.

    6.Liberté : libérer les livres c’est paradoxalement leur trouver un nouveau maître... Quand on a pris la Bastille le 14 Juillet, on a libéré, paraît-il, toute une bibliothèque qui se composait des livres condamnés, peut-être par une lettre de cachet, comme un quelconque Marquis de Sade, et condamnés à la détention dans cette royale prison.

    7.Librairies, library : dans les hôtels que j'ai beaucoup fréquenté, il y avait toujours (souvent) un petit lot de livres laissés par les autres routards, (encore une sélection assez partielle, bien sûr en anglais majoritairement). Moi, j'ai parfois contribué par mes échanges à y faire remonter le niveau de Français ou d'Espagnol, et le niveau littéraire, pourquoi pas... Je n'ai pas connu ceux où, dit-on, il y a toujours une bible dans le tiroir de la table de nuit. D’ailleurs on l’aurait volée.
    Il y a en Angleterre ce village entièrement constitué de librairies, Hay on Wye, et sans doute l’exemple s’est répandu dans d’autres pays : j’ai visité en France celui de Montolieu…., mais dans ces endroits-là, je frôle la surdose !...

    8.Lit: Que de lectures dedans! On lit dans mon lit, oh combien! on dit en argot, le pageot ; se mettre au page donc, à la page ! Parfois, étant enfant, avec une lampe de poche, sous les draps; non que la lecture soit prohibée, mais simplement parce qu'il est tard, il faut dormir, demain il y a école! Et comment tenir le bouquin sans avoir de crampes ? toutes sortes de dispositifs ingénieux sont destinées à faciliter cette activité; certain ressemblent aux dispositifs des cliniques pour faire manger les malades alités... A la Foire du Livre, chaque année se présente cet artisan qui a mis au point un lutrin pliant ultramoderne en tiges de métal... Et je finissais parfois par dormir la joue contre le livre comme sur un coussin. A l'abri de ses couvertures.

    9.Litanie : Etrange litanie des noms d’éditeurs : Grasset, Fayard, Fasquelle, Gallimard, Denoël, Privat, Pauvert, Julliard, Plon, Seghers, Bourgois, Maspéro, etc.. etc.. Ça ne se fait plus tellement aujourd’hui ; on trouvera plus facilement « Carrefour de sens », « feuilles libres » ou « Espace azur » ou encore EPM éditions, classéX, ou « la muette »...

    10.Livre: Le mot lui-même peut aussi faire partie de son titre. Le livre du..., Le grand livre des...., Le petit livre de..., Mon premier livre de..., Le livre de la....., le livre blanc, le grand livre de..., le Livre du Maître, et les Livres des morts (tibétains, égyptiens...), le livre de Job, le Livre de Monelle, Le Livre de l’Hospitalité....

    11.Loup: la preuve que j'ai appris à lire, par moi-même, avec les Contes du Chat Perché de M.Aymé. J'ai aussi appris par la même occasion que tous les loups n'étaient pas forcément mauvais ni méchants . Un jour, à l'âge de 4 ans, j'ai donc étonné mes parents qui me menaçaient du loup, en protestant: - Mais non, il n'est pas méchant le loup ! Lequel ? Celui du livre ! Tu l'as lu ? Mais oui, et il n'est pas méchant du tout ! C'est ce jour-là qu'on a su que j'avais appris à lire "tout seul"... Et que j'ai compris que je disposais d'un nouvel instrument pour évaluer, voire réfuter, les affirmations des adultes et tout spécialement des parents..... Comme par hasard, on trouve la même anecdote dans la Gloire de mon Père, de Pagnol.